Pierre Bourdieu. Contre-feux, Éditions Raisons d’agir, 1998, p.100

‘‘Contre ce régime politique [le néolibéralisme], la lutte politique est possible. Elle peut se donner pour fin d’abord, comme l'action caritative ou caritativo-militante, d’encourager les victimes de l’exploitation, tous les précaires actuels et potentiels, à travailler en commun contre les effets destructeurs de la précarité (en les aidant à vivre, à « tenir » et à se tenir, à sauver leur dignité, à résister à la déstructuration, à la dégradation de l’image de soi, à l’aliénation), et surtout à se mobiliser, à l’échelle internationale, c’est-à-dire au niveau même où s’exercent les effets de la politique de précarisation, pour combattre cette politique et neutraliser la concurrence qu’elle vise à instaurer entre les travailleurs des différents pays’’.



vendredi 30 mars 2018

Pierre Bourdieu, à propos du conflit israélo-palestinien


Pierre Bourdieu, à propos du  conflit israélo-palestinien

"Je ne me sens pas capable, évidemment, de suggérer la moindre solution, ou même de choisir entre les différentes solutions possibles. Mais je crois qu'il est urgent que l'ensemble des forces progressistes du monde entier s'enhardissent à transgresser le tabou savamment entretenu qui entoure le problème israélo-palestinien pour s'emparer de ce problème, ne serait-ce que pour rompre le faux face-à-face entre les deux protagonistes et leurs protecteurs, américains et arabes, si tragiquement inégaux. Je crois aussi qu'elles doivent, dans l'intérêt des Israéliens autant que des Palestiniens, dénoncer impitoyablement tous les abus de pouvoir commis par les Israéliens, confiscations de terres, violences dans la répression, etc. et mener la lutte symbolique aussi bien contre l'effacement de l'histoire palestinienne que contre la propagande anti-arabe et anti-islamique qui, sous prétexte de mener le combat contre l'intégrisme islamique, hante en permanence les médias (et qui a des effets aussi funestes, en Europe même, dans les rapports avec les immigrés, qu'en Israël ou aux Etats-Unis). Je crois enfin, mais j'ai conscience, ici, de m'aventurer bien au delà des limites de ma connaissance du problème, que plutôt que de séparer les Israéliens et les Arabes (comme semblent le vouloir les Israéliens), dans une sorte de recherche de la pureté ou de la purification ethnique parfaitement absurde (surtout, évidemment, pour les Palestiniens, dont les territoires sont réduits à l'état d'enclaves misérables, toujours suspendues à la bonne volonté de la puissance dominante), il vaudrait mieux, comme le suggère Edward Saïd, intégrer les deux peuples ou, mieux, pour tenter d'échapper à la logique des "communautés" (de sang? de race? de religion? autant de fondements qui ne sont pas très Aufklärung), réunir les deux ensembles de citoyens libres et égaux au sein d'une démocratie laïque, affranchie des critères ethniques et religieux et capable d'inventer les moyens d'organiser la compétition démocratique (dont la coexistence pacifique) entre les intérêts et les idéaux qui unissent et séparent à la fois des concitoyens. Utopie, peut-être, mais quel exemple pour le Moyen Orient! " in Entretien avec Pierre Bourdieu. Un sociologue dans le monde, Revue d'études palestiniennes n° 74, 2000, p.12

Entretien avec Pierre Bourdieu. Un sociologue dans le monde (entretien avec C. Lévy, F. Mardam-Bey, E. Sanbar), in Revue d'études palestiniennes n° 74, 2000, p.3-13

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