Pierre Bourdieu. Contre-feux, Éditions Raisons d’agir, 1998, p.100

‘‘Contre ce régime politique [le néolibéralisme], la lutte politique est possible. Elle peut se donner pour fin d’abord, comme l'action caritative ou caritativo-militante, d’encourager les victimes de l’exploitation, tous les précaires actuels et potentiels, à travailler en commun contre les effets destructeurs de la précarité (en les aidant à vivre, à « tenir » et à se tenir, à sauver leur dignité, à résister à la déstructuration, à la dégradation de l’image de soi, à l’aliénation), et surtout à se mobiliser, à l’échelle internationale, c’est-à-dire au niveau même où s’exercent les effets de la politique de précarisation, pour combattre cette politique et neutraliser la concurrence qu’elle vise à instaurer entre les travailleurs des différents pays’’.



mercredi 27 décembre 2017

Pierre Bourdieu, "Dans le « Rapport du Collège de France sur l'enseignement et l'avenir», il y avait une proposition extrêmement révolutionnaire – qu'évidemment personne n'a vue – qui consistait à dire qu'on pouvait concevoir que les titres scolaires soient à validité limitée dans le temps, qu'ils valent pour cinq ans et soient non renouvelables."

"Dans le « Rapport du Collège de France sur l'enseignement et l'avenir», il y avait une proposition extrêmement révolutionnaire – qu'évidemment personne n'a vue – qui consistait à dire qu'on pouvait concevoir que les titres scolaires soient à validité limitée dans le temps, qu'ils valent pour cinq ans et soient non renouvelables. La proposition de remplacer des titres à vie, des titres viagers, par des titres à durée limitée changerait fondamentalement les rapports pédagogiques et tous les rapports de pouvoir fondés pour une part sur le titre" Pierre Bourdieu, in Anthropologie économique, Cours au Collège de France, 1992-1993, Raisons d'Agir/Seuil, Cours &Travaux, 2017, P.123-124


"Il faudrait aussi travailler à détruire ou à réduire la tendance à sacraliser le titre scolaire, sorte d'essence sociale scolairement garantie qui remplit dans nos sociétés une fonction tout à fait semblable à celle du titre nobiliaire en d'autres temps, interdisant aux uns de déroger en accomplissant certaines tâches jugées indignes, aux autres d'aspirer à des avenirs interdits. Il importerait pour cela de revaloriser les accomplissements effectifs : par exemple en introduisant dans tous les recrutements un contingent d'élections et de promotions sur travaux effectués et accomplissements réels (comme, dans le cas particulier des professeurs, l'introduction d'innovations pédagogiques exemplaires ou un dévouement exceptionnel). Une des tares les plus graves du système bureaucratique français réside dans le fait qu'un incapable scolairement garanti et un compétent scolairement démuni sont séparés à vie, tels le roturier et le noble, à tous les points de vue socialement pertinents. La sélection par le diplôme n'est dommageable que dans la mesure où elle continue d'agir, bien au-delà de son but, pendant toute la durée d'une carrière, l'évaluation réelle du travail accompli étant injustement sacrifiée aux intérêts corporatistes et à une défense mal comprise des salariés. Il faudrait travailler à une transformation des règlements et des mentalités propre à faire que, tout en conservant leur fonction de garantie ultime contre l'arbitraire, les titres scolaires soient pris en compte pour une durée limitée et jamais de manière exclusive, c'est-à-dire comme une information parmi d'autres."
Propositions pour l'enseignement de l'avenir (Rapport du Collège de France, Éditions de Minuit, 1985, aussi in Le Monde de l’éducation, n°116, mai 1985, pp.61-68, aussi in Interventions, 1961-2001. Science sociale et action politique, Agone, 2002)

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