Pierre Bourdieu, in Pour un mouvement social européen,
Le Monde Diplomatique, juin 1999 — Pages 1, 16 et 17, aussi in Contre-feux 2, Raisons d'agir, 2001, p. 13-23

"L'histoire sociale enseigne qu'il n'y a pas de politique sociale sans un mouvement social capable de l'imposer ( et que ce n'est pas le marché, comme on tente de le faire croire aujourd'hui, mais le mouvement social qui a « civilisé » l'économie de marché, tout en contribuant grandement à son efficacité ). En conséquence, la question, pour tous ceux qui veulent réellement opposer une Europe sociale à une Europe des banques et de la monnaie, flanquée d'une Europe policière et pénitentiaire ( déjà très avancée ) et d'une Europe militaire ( conséquence probable de l'intervention au Kosovo ), est de savoir comment mobiliser les forces capables de parvenir à cette fin et à quelles instances demander ce travail de mobilisation. "


vendredi 12 janvier 2018

Boris Gobille, Le Mai 68 des écrivains. Crise politique et avant-gardes litteraires

Boris Gobille
Le Mai 68 des écrivains 
Crise politique et avant-gardes litteraires
CNRS
Culture & Société
2018

Présentation de l'éditeur
Mai-Juin 68 : la contestation saisit des pans entiers de la société française, des lycéens aux étudiants, des ouvriers aux employés, des cadres aux acteurs de la culture. Facultés, usines, institutions occupées se transforment en une immense scène où tout est passé au crible de la critique : exploitation, aliénation, gaullisme, normes sociales, hiérarchies, domination, autorité. Cette gigantesque prise de parole est marquée par une créativité inédite. « Tous créateurs ! », dit d’ailleurs un slogan, « Écrivez partout », renchérit un autre. Roland Barthes célèbre la « parole sauvage » de Mai, Michel de Certeau observe qu’« une foule est devenue poétique ». Difficile pour les écrivains, en particulier d’avant-garde, de rester à l’écart de ce grand ébranlement de l’ordre symbolique…
C’est à ces avant-gardes littéraires qu’est consacrée l’étude de Boris Gobille. Durant ces semaines de fièvre, elles descendent dans la rue, multiplient les prises de position publiques, forment des collectifs et expérimentent de nouvelles articulations entre écriture et « révolution »… Autant d’enjeux explorés dans cet ouvrage qui revisite la question de l’engagement de la littérature et de la responsabilité des écrivains face aux événements politiques de leur temps. On y croisera des surréalistes, des existentialistes, des structuralistes, des communistes, des « gauchistes », des revues comme Tel Quel, Change, Action poétique, Les Lettres Françaises, La Nouvelle Critique, mais aussi Sartre, Beauvoir, Aragon, Sollers, Faye, Roubaud, Pingaud, Blanchot, Duras, Mascolo – parmi tant d’autres plus ou moins obscurs, plus ou moins renommés, tous acteurs de cette singulière aventure qui vit les écrivains s’emparer de 68 et 68 s’emparer des écrivains.

Spécialiste de Mai 68, des crises politiques et de l’engagement des intellectuels, Boris Gobille est maître de conférences de science politique à l’École Normale Supérieure de Lyon et chercheur au laboratoire Triangle.

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