Pierre Bourdieu, in Pour un mouvement social européen,
Le Monde Diplomatique, juin 1999 — Pages 1, 16 et 17, aussi in Contre-feux 2, Raisons d'agir, 2001, p. 13-23

"L'histoire sociale enseigne qu'il n'y a pas de politique sociale sans un mouvement social capable de l'imposer ( et que ce n'est pas le marché, comme on tente de le faire croire aujourd'hui, mais le mouvement social qui a « civilisé » l'économie de marché, tout en contribuant grandement à son efficacité ). En conséquence, la question, pour tous ceux qui veulent réellement opposer une Europe sociale à une Europe des banques et de la monnaie, flanquée d'une Europe policière et pénitentiaire ( déjà très avancée ) et d'une Europe militaire ( conséquence probable de l'intervention au Kosovo ), est de savoir comment mobiliser les forces capables de parvenir à cette fin et à quelles instances demander ce travail de mobilisation. "


lundi 22 mai 2017

Norbert Elias, Les Allemands. Lutte de pouvoir et développement de l'habitus aux XIXe et XXe siècles

 
Norbert Elias
Les Allemands
Lutte de pouvoir et développement de l'habitus aux XIXe et XXe siècles
Précédé de 
Barbarie et "dé-civilisation"
par Roger Chartier
Seuil
  La Librairie du XXIe siècle
2017 

Présentation de l'éditeur
Traduit de l’allemand par Marc de Launay et Marc Joly
Ce livre est le dernier dont Norbert Elias a autorisé et contrôlé la publication avant sa mort, le 1er août 1990 à Amsterdam. Il tentait d'y comprendre l'incompréhensible : pourquoi tant d'Allemands, dans les années 1930 et 1940, ont-ils accepté l'extermination des Juifs et perpétré les plus effroyables cruautés ?
(...)
Elias refuse, à la fois, de l'assigner à un invariant psychologique – la propension sadique de certains individus – ou à un antisémitisme atemporel qui serait le propre de la tradition allemande. L'essentiel réside dans les conditions historiques qui ont rendu possible, dans l'Allemagne des années 1930 et 1940, le processus de "dé-civilisation", la levée des autocontrôles qui bridaient les affects de violence, ainsi que l'obéissance, jusqu'au dernier jour, aux maîtres nazis. Exercer une autorité arbitraire, absolue sur des victime haïes et stigmatisées, niées en leur humanité, était pour nombre d'Allemands une manière d'affirmer leur propre identité et de rendre tolérable leur soumission à l'autorité.
C'est là le constat essentiel de ce livre sombre, lucide et poignant.

Roger Chartier

Norbert Elias (1897-1990) a notamment publié aux Éditions du Seuil, dans "La Librairie du XXIe siècle", Mozart. Sociologie d'un génie (1991 ; "Points Essais", 2015) et Théorie des symboles (2015).



samedi 20 mai 2017

Publications de Pierre Bourdieu: à propos de Thomas Bernhard


"Entreprendre de penser l'Etat, c'est s'exposer à reprendre à son compte une pensée d'Etat, à appliquer à l'Etat des catégories de pensée produites et garanties par l'Etat, donc à méconnaître la vérité la plus fondamentale de l'Etat1. Cette affirmation, qui peut paraître à la fois abstraite et péremptoire, s'imposera plus naturellement si, au terme de la démonstration, on accepte de revenir à ce point de départ, mais armé de la connaissance d'un des pouvoirs majeurs de l'Etat, celui de produire et d'imposer (notamment par l'école) les catégories de pensée que nous appliquons spontanément à toute chose du monde, et à l'Etat lui-même. 
 Mais, pour donner une première traduction plus intuitive de cette analyse, et faire sentir le danger que nous courons toujours d'être pensés par un Etat que nous croyons penser, je voudrais citer un passage des Maîtres anciens de Thomas Bernhard : "L'école est l'école de l'Etat, où l'on fait des jeunes gens les créatures de l'Etat, c'est-à-dire rien d'autre que des suppôts de l'Etat. Quand j'entrais dans l'école, j'entrais dans l'Etat, et comme l'Etat détruit les êtres, j'entrais dans l'établissement de destruction des êtres. (...) L'Etat m'a fait entrer en lui de force, comme d'ailleurs tous les autres, et m'a rendu docile à lui, l'Etat, et a fait de moi un homme étatisé, un homme réglementé et enregistré et dressé et diplômé, et perverti et déprimé, comme tous les autres. Quand nous voyons des hommes, nous ne voyons que des hommes étatisés, des serviteurs de l'Etat, qui, durant toute leur vie servent l'Etat et, dès lors, durant toute leur vie servent la contre-nature"2. 
La rhétorique très particulière de Thomas Bernhard, celle de l'excès, de l'hyperbole dans l'anathème, convient bien à mon intention d'appliquer une sorte de doute hyperbolique à l'Etat et à la pensée d'Etat. On ne doute jamais trop, quand il s'agit de l'Etat. Mais l'exagération littéraire risque toujours de s'anéantir elle- même en se déréalisant par son excès même. Et pourtant, il faut prendre au sérieux ce que dit Thomas Bernhard : pour se donner quelque chance de penser un Etat qui se pense encore à travers ceux qui s'efforcent de le penser (tels Hegel ou Durkheim par exemple), il faut tâcher à mettre en question tous les présupposés et toutes les préconstructions qui sont inscrits dans la réalité qu'il s'agit d'analyser et clans la pensée même des analystes.
1 - Ce texte est la transcription, partielle et corrigée, d'une conférence donnée à Amsterdam le 29 juin 1991. 
2 - T. Bernhard, Maîtres anciens (Alie Meister Komödie), Paris, Gallimard, 1988, p. 34. "
Pierre Bourdieu, in Esprits d'Etat. Genèse et structure du champ bureaucratique, Actes de la recherche en sciences sociales, 1993, Numéro 96-97, pp. 49-62, aussi in Raisons pratiques, Seuil, 1994, Points Essais, 1996


Publications de Pierre Bourdieu 
à propos de Thomas Bernhard




(Cette liste de publications sera mise à jour au fur et à  mesure,  Gilbert Quélennec)
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Extrait de l'émission  Le bon plaisir de Pierre Bourdieu , par Pascale Casanova, 23/6/90
Avec la participation de Jacques Derrida, Jérôme Lindon, Georges Duby, Tassadit Yacine, Pierre Encrevé, Loïc Wacquant, Haruhisa Kato et Denis Podalydès.

Esprits d'Etat. Genèse et structure du champ bureaucratique, Actes de la recherche en sciences sociales, 1993, Numéro 96-97, pp. 49-62, aussi in Raisons pratiques, Seuil, 1994, Points Essais, 1996

Raisons pratiques. Sur la théorie de l'action, Seuil, 1994, Points Essais, 1996, p.101-102

Méditations pascaliennes, Seuil, Liber, 1997, Points Essais, 2003, p.10

Sur l'Etat. Cours au Collège de France, 1989-1992, Raisons d'agir/Seuil, 2012, Cours & Travaux, p.339, 528, 578

Manet. Une révolution symbolique. Cours au Collège de France, 1998-2000, Raisons d'agir/Seuil, Cours & Travaux, 2013, p.180 





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voir également:  

Pierre Bourdieu:" j'ai dit quelque part que j'avais deux modèles conscients: Proust et Flaubert." 

Publications de Pierre Bourdieu: à propos de Virginia Woolf  


Publications de Pierre Bourdieu: à propos de Kafka

Publications de Pierre Bourdieu: à propos de William Faulkner 

Publications de Pierre Bourdieu: Le champ littéraire, Le champ artistique et Le champ de la critique

Publications de Pierre Bourdieu: autour de la revue Liber- Revue européenne des livres (Revue internationale des livres à partir de 1994)

Interventions de Pierre Bourdieu: avec le Parlement International des Ecrivains 

Publications de Pierre Bourdieu: autour du livre Les règles de l'art

Publications de Pierre Bourdieu: autour de la Domination masculine

Publications de Pierre Bourdieu: sociologie de la culture, du cinéma, de la photographie, de la littérature, de l'art, de la musique
 


 



vendredi 19 mai 2017

Regards sur l’édition dans le monde arabe, Sous la direction de Charif Majdalani et Franck Mermier

Regards sur l’édition dans le monde arabe
Sous la direction de Charif Majdalani et Franck Mermier
Karthala
Hommes et société
2016

Présentation de l'éditeur
Cet ouvrage jette les bases d’une réflexion sur l’histoire récente de l’édition et de la lecture dans les pays arabes, du Liban à l’Égypte, en passant par l’Irak, les pays du Golfe et le Yémen, avec une incursion au Maroc. Les contours des champs éditoriaux sont souvent différents d’un pays à l’autre, liés à l’ancienneté des traditions (au Liban ou en Égypte, par exemple) ou à leur caractère extrêmement récent (dans les pays du Golfe), mais aussi au développement économique accéléré par endroits (toujours dans les pays du Golfe) ou ralenti à cause des crises politiques et des guerres (Irak, Syrie, Yémen, Libye).
Plusieurs contributions traitent ainsi du développement de l’édition dans ces différents contextes, d’autres abordent la question des pratiques de lecture, particulièrement au Liban, en Syrie et en Jordanie. Si les problèmes de distribution et la vigilance d’une censure sourcilleuse sont des entraves à l’édition et à la diffusion, le livre conserve cependant  une forte valeur symbolique, à la fois comme vecteur de subversion et comme enjeu de politiques culturelles.
Dans le domaine du livre arabe, les études transnationales s’imposent du fait de l’existence d’un marché du livre panarabe et de l’importance commerciale des foires du livre organisées dans les capitales arabes. Il faut ainsi relever le rôle de certains pays de la péninsule arabique dans la promotion de la littérature arabe ou le développement de programmes de traduction. La profusion littéraire actuelle, notamment dans le domaine du roman, et l’irruption de nouveaux acteurs dans les mondes de l’édition, attachés à diffuser une pensée critique et novatrice, sont deux notes d’espoir dans ce temps d’incertitude qui caractérise la région arabe.

Charif Majdalani est professeur à l’université Saint-Joseph de Beyrouth, romancier et président de la Maison Internationale des Écrivains à Beyrouth. Il est l’auteur d’Histoire de la grande maison (Seuil, 2005), Caravansérail (Seuil, 2007), Nos si brèves années de gloire (Seuil, 2012) et Villa des femmes (Seuil, 2015).
Franck Mermier, anthropologue, ancien directeur du Centre français d’études yéménites (Sanaa) et du département scientifique des études contemporaines à l’Institut français du Proche-Orient (Beyrouth), est actuellement directeur de recherche au CNRS, Institut interdisciplinaire d’anthropologie du contemporain. Il a notamment publié Le livre et la ville. Beyrouth et l’édition arabe (Actes Sud, 2005) et a dirigé avec Sabrina Mervin l’ouvrage Leaders et partisans au Liban (Karthala, 2012).


jeudi 18 mai 2017

Philip Ross Bullock, Pyotr Tchaikovsky

Philip Ross Bullock
Pyotr Tchaikovsky
Reaktion Books
2016

Présentation de l'éditeur
When Pyotr Ilyich Tchaikovsky died of cholera in 1893, he was Russia’s most celebrated composer. Drawing extensively on Tchaikovsky’s uncensored letters and diaries, this richly documented biography explores the composer’s life in the artistic culture of nineteenth-century Russian society, revealing how he became a figure of international renown.
Tchaikovsky was gifted with a prodigious work ethic and a commitment to writing music that was as scrupulously crafted as it was artistically inspired. His music struck audiences as supremely communicative and appealed to wealthy and influential patrons, such as Nadezhda von Meck and Tsar Alexander iii, as well as Russia’s growing audiences for serious classical music. He became the nation’s leading musical celebrity, performing at the opening of New York’s Carnegie Hall in 1891 and receiving an honorary doctorate from the University of Cambridge in the summer before his death. Yet such success came at a price, and Tchaikovsky found the social obligations that his fame entailed burdensome.
Setting aside clichés of the composer as a tortured homosexual and naively confessional artist, this engaging biography paints a new and vivid picture of Tchaikovsky that weaves together insights into his music with a sensitive evocation of his inner emotional life. It contains accessible introductions to his key compositions, as well as suggesting less familiar works for readers to explore, making it essential reading for all those who enjoy classical music.

Philip Ross Bullock is Professor of Russian Literature and Music at the University of Oxford, and Fellow and Tutor in Russian at Wadham College, Oxford. His previous books include The Feminine in the Prose of Andrey Platonov (2005), Rosa Newmarch and Russian Music in Late Nineteenth and Early Twentieth-Century England (2009) and The Correspondence of Jean Sibelius and Rosa Newmarch, 1906-1939 (2011).

mercredi 17 mai 2017

vidéo: Izabela Wagner, Producing Excellence. The Making of Virtuosos

Izabela Wagner
Producing Excellence
The Making of Virtuosos
Rutgers University Press
2015

Présentation de l'éditeur
Driven by a passion for music, for excellence, and for fame, violin soloists are immersed from early childhood in high-pressure competitions, regular public appearances, and arduous daily practice. An in-depth study of nearly one hundred such children, Producing Excellence illuminates the process these young violinists undergo to become elite international soloists.
A musician and a parent of a young violinist, sociologist Izabela Wagner offers an inside look at how her young subjects set out on the long road to becoming a soloist. The remarkable research she conducted—at rehearsals, lessons, and in other educational settings—enabled her to gain deep insight into what distinguishes these talented prodigies and their training. She notes, for instance, the importance of a family culture steeped in the values of the musical world. Indeed, more than half of these students come from a family of professional musicians and were raised in an atmosphere marked by the importance of instrumental practice, the vitality of music as a vocation, and especially the veneration of famous artists. Wagner also highlights the highly structured, rigorous training system of identifying, nurturing, and rewarding talent, even as she underscores the social, economic, and cultural factors that make success in this system possible.
Offering an intimate portrait of the students, their parents, and their instructors, Producing Excellence sheds new light on the development of exceptional musical talent, as well as draw much larger conclusions as to “producing prodigy” in other competition-prone areas, such as sports, sciences, the professions, and other arts. Wagner’s insights make this book valuable for academics interested in the study of occupations, and her clear, lively writing is perfect for general readers curious about the ins and outs of training to be a violin soloist.
IZABELA WAGNER is an associate professor at the University of Warsaw’s Institute of Sociology. She is the author of Becoming a Transnational Professional.


mardi 16 mai 2017

Michela Passini, L'oeil et l'archive. Une histoire de l'histoire de l'art


 
Michela Passini
L'oeil et l'archive
Une histoire de l'histoire de l'art 
La Découverte 
Écritures de l'Histoire 
2017  


Présentation de l'éditeur
Heinrich Wölfflin, Alois Riegl, Aby Warburg, Henri Focillon, Erwin Panofsky, Roberto Longhi, Linda Nochlin, Michael Baxandall et bien d’autres… Autant de noms qui, de la fin du XIXe à la fin du XXe siècle, ont participé à la construction de l’histoire de l’art. Les notions, méthodes, savoirs et savoir-faire qu’ils ont élaborés ont fabriqué le rapport réflexif que nous continuons aujourd’hui d’entretenir avec le plus omniprésent des matériaux symboliques de nos sociétés : l’image.
Cet ouvrage, à la fois érudit et très accessible, offre un panorama de tout premier plan pour quiconque voudrait se familiariser avec les grandes figures et les grands concepts de la théorie visuelle, en même temps qu’une synthèse pionnière montrant comment l’histoire de l’art s’est constituée en discipline, avec ses institutions propres, ses plateformes d’échange (revues, congrès, expositions, etc.) et ses dispositifs de contrôle de la production scientifique.
Il montre aussi comment, tout au long du XXe siècle, cette histoire fut celle de l’affrontement entre deux conceptions rivales quant à leurs objectifs et leurs enjeux. Selon la première, l’œuvre d’art, pour être comprise, se suffit à elle-même et suffit à son interprète, dont la fonction consiste en une analyse avant tout visuelle ; pour la seconde, elle est un objet culturel complexe, dont il s’agit de reconstituer les dimensions sociales, politiques et intellectuelles.
Avec ce livre aussi documenté qu’ambitieux, Michela Passini propose, pour la première fois en français, une histoire transnationale de l’histoire de l’art. Une somme indispensable pour comprendre les origines de notre rapport présent aux œuvres d’art. 
Chercheuse au CNRS, Michela Passini travaille sur l'histoire de l'histoire de l'art, l'histoire des musées et du patrimoine. Elle est notamment l'auteure de La Fabrique de l'art national. Le nationalisme et les origines de l'histoire de l'art, France et Allemagne 1870-1933 (MSH, 2012).




  

lundi 15 mai 2017

Béatrice Joyeux-Prunel, Les avant-gardes artistiques (1918-1945). Une histoire transnationale

Béatrice Joyeux-Prunel
Les avant-gardes artistiques (1918-1945) 
Une histoire transnationale
Gallimard
Folio histoire  
2017

Présentation de l'éditeur
Pour qui entreprend une histoire transnationale des avant-gardes picturales au XX1eSUP. siècle, la période que couvre ce deuxième tome, de 1918 à 1945, est la plus périlleuse. Car l’auteur doit se colleter avec le grand récit dicté par les avant-gardes elles-mêmes.
Tout commence-t-il avec Dada? Dès 1910 s’observait la remise en cause symbolique de Paris par les nouvelles générations dans de nouveaux centres : Berlin, Munich, Londres, Bruxelles, Cologne, Moscou, New York. Dada, certes né dans les charniers de la guerre, fut plus encore issu de l’histoire de la modernité artistique et littéraire depuis les années 1850.
Les avant-gardes furent-elles idéologiquement progressistes? Les acteurs ne cessèrent de négocier entre les logiques révolutionnaires, leurs ambitions nationales et celle de continuer tant bien que mal à se faire connaître sur la scène internationale.
Loin que Paris fût la capitale unique, d’une ville à l’autre, et en particulier à Berlin, Prague, Budapest, Vienne, Moscou, mais aussi à Amsterdam, Bucarest, Zagreb, Barcelone et jusqu’à São Paulo, Mexico et au Japon, apparurent régulièrement de nouveaux groupes décidés à se faire une place dans le courant du modernisme.
En revanche, l’entre-deux-guerres fut une période de marchandisation aboutie de l’innovation artistique. Dans les pratiques et les débats des avant-gardes, une problématique était récurrente : quelle place faire au marché, surtout en cas de succès?